|
Comme le rapporte le rédacteur local de la « Gazette de Lorraine » du 05 décembre 1906 ou, en termes curieusement identiques le responsable de l’ exploitation, « une certaine animosité de race s entre l’ éléments allemand et l’ élément italien. » La vallée du Billeron a vécu des scènes dramatiques… « On nous écrit le 2 décembre : « La fête des mineurs qui se célébrait hier samedi s’ est terminée cette année par un drame horrible. Dans la nuit de samedi à dimanche, vers cinq heures du matin, de nombreux coups de revolver – on parle de cinquante à soixante – suivis bientôt de cris de détresse, réveillèrent en sursaut les habitants de la colonie de Ternel. On trouva alors sur la route, à proximité de l’ auberge STOESSEL (70), le jeune DIETRICH Michel, âgé de 21 ans, originaire de Schifflange (Luxembourg) baignant dans son sang. Une balle avait pénétré par derrière l’ oreille dans la tête, et comme le blesse criait au secours, son impitoyable adversaire lui asséna encore un formidable coup de gourdin sur la tête et lui fracassa le crâne. La mort fut instantanée ; Un peu plus loin, on releva l’ ouvrier italien Alexandro LAVAGNOLI qui n’ avait reçu pas moins de douze balles dans différentes parties du corps. Son état était tellement grave que le médecin appelle en toute hâte ordonna son transfert immédiatement à l’ hôpital. Un troisième individu, nomme KIMMEL, avait également reçu une balle dans la joue. Cette blessure n’ est toutefois pas dangereuse. Le même jour, la justice a procède à une première enquête, sans cependant pouvoir éclaircir cette mystérieuse affaire. Les auteurs de ce crime abominable restent jusqu’ ici inconnus. Le jeune DIETRICH était un ouvrier rangé et estimé de ces chefs. Il avait passé la soirée avec ses amis sans avoir la moindre dispute et rentrait tranquillement à son domicile, lorsque la mort impitoyable est venue le frapper. On frémit en songeant que le malheureux a peut-être été l’ objet d’une méprise ou d’une haine lâche de partis et qu une pareille fin peut arriver à tout passant. Depuis un certain temps, surtout les jours de paie, la nuit entière, on entend retentir des coups de revolver dans la colonie de Ternel. Il est possible qu une certaine animosité de races règne entre l’ élément allemand et l’ élément italien, mais la police ne devrait-elle pas mettre un frein à de tels excès et arrêter impitoyablement les perturbateurs de la sécurité publique (71) ? » Le rapport que rédige le directeur de l’ exploitation pour le KREISDIRECTOR, le comte VON VILLERS, le 07 décembre confirme ce qu’ écrit le journal : « En complément à ma lettre du 31 octobre, à propos de l’ accroissement des brutalités ces derniers temps par des tirs de revolver dans la colonie de Ternel, je m’ autorise très respectueusement à porter à la connaissance de Monsieur le KREISDIREKTOR les événements suivants qui se sont déroules dans la nuit de samedi dernier sur la Grand’rue, devant la nouvelle construction de l’ épicerie STOESSEL. Le mineur DIEDRICH Michel a trouvé la mort ; les mineurs KIMMEL Frantz et LAVAGNOLI Alexandro ont été blessés par de nombreux coups de revolver et se trouvent à la Fondation MATHILDE à Metz. Âpres que le mineur SCHMITT Johann, qui se trouve aujourd'hui encore à la Fondation MATHILDE, ait été gravement blessé le 30 septembre dernier par un coup de revolver, il règne une très grande animosité entre les Italiens et les ouvriers Allemands et nous avons l’ appréhension que de nouveaux malheurs, semblables à ceux décrits ci-dessus, se déroulent à nouveau. Je dois malheureusement répondre qu’ il n’y a pas de protection policière journalière dans la colonie. Le garde de police s’ exprime différemment et dit qu’ il ne lui est pas permis, pour les petits honoraires de 300 marks qu’ il perçoit, d’ inspecter la colonie de Ternel. Il est clair que les excès brutaux de ces derniers temps et les durs traitements à rencontre des ouvriers et employés convenables (anständingen Arbeiter und Beamten) qui demeurent à Ternel depuis longtemps, les empoisonnent et deviennent dangereux pour leur vie. Je vous prie respectueusement Monsieur le KREISDIREKTOR de mettre de l’ ordre à cette situation désolante. C’ est bien évidemment une situation regrettable de constater qu Ä peine sorti de ses chaussures d’ enfants ( Kaum den kinderschuhen entwachsene Arbeiter), l’ ouvrier est muni d’une revolver, d’une poignard ou d’ autres armes meurtrières………..
70) Actuelle école maternelle de Ternel, n° 27 rue de la Vallée. 71) A.D.M. 14 Z 77. La Gazette de Lorraine, 05 décembre 1906. Article anonyme signé « X ». Source : le livre: De la vigne à la mine (Marange-Silvange)
|